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Le 27.04.2018:Affaiblissement du Gulf Stream : quelles conséquences sur notre climat ?

Deux récentes études de la très sérieuse revue scientifique « Nature », et de l’Université de Londres, font état d’un ralentissement du Gulf Stream, ce courant chaud qui traverse l’Atlantique et qui vaut un climat tempéré en Europe de l’ouest. Ce ralentissement, lié en partie à l’apport des eaux de fonte des glaces arctiques, pourrait refroidir considérablement l’Europe dans les décennies à venir. Décryptage de La Chaîne Météo avec Régis Crépet.

Qu’est-ce que le Gulf Stream ?

Le Gulf Stream est l’un des courants marins les plus puissants de la planète : prenant naissance dans la zone intertropicale vers les Bahamas, il draine des eaux tièdes le long de la côte Est des Etats-Unis puis se dirige vers l’Europe de l’ouest en traversant l’océan Atlantique. Grâce à lui, la douceur règne sur l’ouest de la France, les îles britanniques et même, de façon plus relative, l’Islande et la  Norvège où la mer n’est pas prise par les glaces en hiver.

Le Gulf Stream s’intègre dans une mécanique océanique appelée « AMOC » (Atlantic Meridional Overturning Circulation), où les eaux chaudes de surface, salées et peu denses remontent jusqu’aux hautes latitudes, où elles se refroidissent. Elles deviennent plus denses et plongent dans les profondeurs, tout en effectuant un trajet inverse vers l’équateur et même dans l’hémisphère sud, jusqu’en Antarctique. Ce système de « retournement », appelé aussi « tapis roulant océanique », provoque un échange de chaleur de l’océan vers l’atmosphère, participant ainsi à la formation des perturbations atmosphériques.

A l’opposé, le Québec et le nord-est des Etats Unis ne bénéficient que très peu du Gulf Stream, qui prend la direction de l’Europe : au contraire, les eaux sont refroidies par un courant marin qui descend du Labrador et qui vaut à la région de Terre-Neuve un climat froid.

 

Pourquoi l’Atlantique Nord se refroidit ?

Plusieurs études mettent donc en évidence un affaiblissement du Gulf Stream, grâce aux mesures altimétriques de la température de l’Atlantique Nord : le courant devient moins rapide et plus diffus, transportant moins d’eau chaude vers les hautes latitudes. De ce fait, la température de l’eau de l’Atlantique nord baisse, ce qui pourrait affecter le climat de cette partie du Monde.

La problématique n’est pas nouvelle : dès les années 1970, des climatologues mettent en évidence des arrêts du Gulf Stream dans les temps géologiques, ayant plongé à plusieurs reprises l’hémisphère nord dans un climat arctique : la dernière fois remonte à 8000 ans.

La récente étude publiée le 12 avril dernier dans la revue scientifique « Nature », confortée par une étude menée par l’University College de Londres, indiquent que ce ralentissement aurait commencé dès les années 1800, à la fin d’une période froide appelée « Petit Age Glaciaire ». L’analyse de sédiments marins permet de reconstituer les températures de l’eau.

Selon ces différentes études et l’analyse sédimentaire, les scientifiques pensent que l’AMOC s’est affaiblit de 15% à 20% depuis 150 ans. En outre, ces études ont mis en évidence que les deux périodes où l’AMOC s’est affaibli correspondent à des périodes de réchauffement climatique (la fin du Petit Age Glaciaire et de nos jours). Cela permet d’avancer l’hypothèse qu’il s’agit de cycles naturels, bien que les Auteurs de ces études ajoutent que les activités humaines, en amplifiant éventuellement le réchauffement contemporain, en accentueraient donc les effets. Plusieurs théories sont avancées pour expliquer des ralentissements du Gulf Stream, la principale étant l’apport des eaux froides et non salées issues de la fonte des glaciers du Groenland et de la banquise arctique. Les eaux froides et non salées obligent alors les eaux chaudes du Gulf Stream à plonger vers les profondeurs, et à reculer vers le sud, modifiant alors la circulation globale océanique, dite « circulation thermocline » (différence de température entre deux zones d'eau de mer contiguës, l'eau plus chaude se trouvant en surface, l'eau froide dans les fonds). Dans ce cas, les eaux de surface de l’Atlantique nord se refroidissent, ce qui est déjà observé depuis quelques années dans les parages du Labrador et de Terre-Neuve, ainsi qu’au sud du Groenland. Cela est d’ailleurs l’une des causes des hivers rigoureux qu’ont connu le nord-est des USA et le Québec ces dernières années.

Cette fonte étant liée au réchauffement climatique contemporain, on peut dire qu’il s’agit donc d’un effet secondaire du changement climatique mondial. Dans ce cas, le réchauffement entraînerait donc un refroidissement.

 

Quelles seraient les conséquences ?

Précisions tout d’abord que les scénarios catastrophes évoqués par certains médias ne sont pas crédibles : le « Jour d’Après », film d’anticipation climatique bien connu sorti en 2004, n’est pas prêt de devenir une réalité. Même si l’événement est qualifié de « rapide » par les climatologues, il n’en demeure pas moins que les changements de cette importance s’étalent sur des décennies et peuvent interférer avec d’autres paramètres naturels.

En aucun cas, le Gulf stream ne s’arrêtera. Mais il est clairement démontré qu’il ralentit et s’affaiblit. Dans l’hypothèse où le réchauffement climatique en serait la cause, cet état de fait pourrait se prolonger encore pendant un temps indéterminé. Au final, le refroidissement des eaux de l’Atlantique nord se poursuivrait, risquant alors de refroidir le climat de l’Europe de l’ouest.

 

Cependant, il ne faudrait pas croire pour autant que la France et ses voisins subiraient les rigueurs des hivers canadiens. Même si la comparaison est parfois faite, il existera toujours des différences en raison de la situation géographique de ces deux continents. Les vents dominants étant orientés à l'ouest dans notre hémisphère, le Québec est sous l'influence des masses d'air arctiques continentales, particulièrement glaciales. L'Europe de l'ouest est sous l'influence des vents qui ont survolé l'océan atlantique : même si celui-ci se refroidit, les masses d'air resteront quand même plus douces que celles qui concernent le Québec. Les températures pourraient perdre de 1°C à 3°C par rapport à la moyenne actuelle. En revanche, ce que les simulations laissent à penser, c'est que le refroidissement de l'Atlantique nord serait favorable à la formation d'anticyclones aux hautes latitudes (Islande, Scandinavie...), lesquels font pivoter les vents au secteur nord-est, caractéristique des vagues de froid. Le froid hivernal pourrait devenir plus rigoureux sur l’Islande et la Scandinavie.

Un refroidissement de l'Atlantique nord et de la mer de Norvège serait donc propice à des descentes d'air arctique plus fréquentes : les vagues de froid seraient plus nombreuses et l'enneigement abondant, ce qui permet une relative comparaison avec le climat que connaît le Québec et le nord-est des USA. En revanche, les étés seraient plus frais et plus humides en Europe de l'ouest, tandis qu'ils resteraient chauds et orageux outre-Atlantique. Le nord-est des Etats-Unis ainsi que le Québec, au climat déjà naturellement froid en hiver, pourraient connaître des froids encore plus rigoureux avec une augmentation des tempêtes de neige : Il devrait tomber en moyenne 50 centimètres de neige de plus en 2050 à Montréal par rapport à 2005 (selon une étude de l’université de Winnipeg).

 

Vanessa Dimitri LAGNAU PAQUIER sur

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